Les probl�mes li�s � la protection contre la copie

John Gilmore, 16 F�vrier 2001

http://www.toad.com/gnu/whatswrong.html
Translations: English, Portuguese, Deutsch, Español, Italiano, Frances, Russian, Hebrew

This version was translated in February or March 2001 from English to French, published on the site of a french association for free software users (http://www.aful.org), and sent to me by Laurent Pelecq <laurent.pelecq@usa.com>.

Quels sont les probl�mes ?

Ron Rivest m'a demand�, � Je pense que �a nous �clairerait d'entendre votre point de vue sur les diff�rences qu'il y a entre les propositions d'Intel/IBM pour la protection des contenus et les pratiques existantes dans le domaine du cryptage t�l�. La position de l'avocat du diable serait : si le consommateur est pr�t � acheter un mat�riel suppl�mentaire ou sp�cifique qui lui permette de voir un contenu prot�g�, qu'il y a t'il de mal � cela. �

D'abord, j'appelle cela � protection contre la copie � plut�t que � protection de contenu �, parce que le mot contenu est vague. La technologie a pour but de d�courager la copie. L'histoire de ce genre de technologies ne date pas d'hier, et commence avec les premiers micro-ordinateurs, mini-ordinateurs, et stations de travail. Ces syst�mes ont �chou�s except�s dans de tr�s petites niches. L'�chec provient pour la plupart de l'opposition active des clients qui ont achet� des produits alternatifs qui ne restreignaient pas la copie.

Il n'y a rien de mal � permettre aux gens d'acheter des produits qui ont pour but la protection de contenus s'ils le d�sirent. Ce qu'il y a de mal, c'est quand :

Des produits concurrents sont retir�s du march�

Ce qu'il y a de mal, c'est quand les gens qui ne d�sirent que des produits qui enregistrent simplement des bits, du son ou de la vid�o sans protection du contenu, sont incapables d'en trouver parce qu'ils ont �t� retir�s du march�. Par des lois restrictives comme l'� Audio Home Recording Act � [NDT: la loi sur les enregistrement audio priv�], qui a tu� le march� du DAT. Par les lois "anti-contournement" comme le � Digital Millenium Copyright Act � contre lequel l'EFF intente une action en justice. Par des actions des agences F�d�rales comme le FCC qui a d�cid� il y a un mois qu'il serait ill�gal d'offrir aux citoyens la possibilit� d'enregistrer des programmes de t�l� haute-d�finition m�me si les citoyens en ont l�galement le droit. Par des accords priv�s entre compagnies, telles que SDMI et CPRM (qui plus tard finissent par �tre soumis comme un � fait accompli � [NDT: en fran�ais dans le texte] aux comit�s de standardisation, ce qui force le public concern� � agir pour le faire capoter). Par des accords priv�s cach�s derri�re les lois et les standards, tel que l'accord tacite qui fait que les enregistreurs DAT et MiniDisc traitent les donn�es en entr�e comme un contenu prot�g� par � copyright � sur lequel l'utilisateur n'a aucun droit. (Mes enregistrements du mariage de mon fr�re ne peuvent pas �tre copi�s parce que mon MiniDisc agit comme si moi et mon fr�re ne d�tenions pas le � copyright �).

Pionner New Media Technologies, qui fabrique pour Apple le graveur de DVD r�cemment annonc�, dit "Les applications majeures pour le consommateur seront l'�dition et le stockage de film personnel et le stockage de photos num�riques". Ils oublient prudemment de mentionner "le d�calage dans le temps de programme t�l�, ou l'enregistrement de vid�o internet", parce que les fabricants et les compagnies de distribution sont de m�che pour s'assurer que ces fonctionnalit�s ne se retrouvent jamais sur le marche. M�me si c'est 100% l�gal de le faire d'apr�s la d�cision de la cour supr�me dite Betamax. Streambox a �crit un programme qui permet d'enregistrer les flux vid�os RealVideo sur un disque dur; Real a intent� un proc�s contre eux et fait retirer le produit du march�. Selon Nomura Securities, les ventes de graveurs DVD d�passeront celles des magn�toscopes en 2004 ou 2005, et d�passeront aussi les ventes de lecteurs DVD non-enregistreur en 2005 (http://www.kipinet.com/tdb/1000/10tdb04.htm). Donc vers 2010, peu de consommateurs auront acc�s � un enregistreur qui les autorisent � faire une copie d'un programme t�l�, ou de le d�caler dans le temps, ou de laisser les enfants le regarder � l'arri�re de la voiture. Est-ce que quelqu'un fait des commentaires sur la d�rive concernant cette notion sociale ? Trouvons-nous cela bien ou mal ? N'avons nous rien a dire � ce sujet ?

Au lieu de �a, les consommateurs devront payer les compagnies de t�l� ou de cin�ma encore et encore pour avoir le privil�ge de d�caler un programme dans le temps ou dans l'espace. M�me s'ils ont achet� le film et s'il est stock� chez eux sur leur propre �quipement, et s'ils ont assez de bande passante pour y acc�der o� qu'ils se trouvent. Ce concept est appel� "Paiement � l'utilisation". Il ne peut s'accommoder du principe "Vous avez le droit de faire une copie de ce que vous avez le droit de regarder". Ces compagnies ne peuvent pas �liminer ce droit l�galement, parce qu'elles violeraient trop de principes fondamentaux de notre soci�t�, donc elles introduisent des limitations dans la technologie pour que vous ne puissiez pas exercer ce droit. En ce faisant, elles violent les fondements sur lesquels une soci�t� stable et juste est bas�e. Mais du moment que la soci�t� survit au moins jusqu'� leur mort, elles ne semblent pas se pr�occuper de sa stabilit� � long-terme.

Les soci�t�s ne divulguent pas les limitations sur la copie

Ce qu'il y a de mal, c'est quand les soci�t�s qui fabriquent des produits prot�geant la copie n'informent pas l'utilisateur des limitations. Comme dans les r�centes pages Web � happy-happy � d'Apple sur leur graveur DVD, annonc� ce mois-ci (http://www.apple.com/idvd/). C'est rempli d'informations enthousiastes sur la fa�on de graver des DVDs � partir de vos propres enregistrements num�riques, etc. Ce qu'ils n�gligent de dire c'est que vous ne pouvez pas l'utiliser pour copier ou d�caler dans le temps ou enregistrer du son ou de la vid�o sur lesquels des compagnies priv�s d�tiennent un copyright. M�me si vous avez le droit de le faire selon la loi, la technologie vous en emp�che. Ils ne disent pas que vous ne pouvez pas vous en servir pour m�langer ou mettre ensemble des s�quences vid�os d'artistes diff�rents comme on peut le faire avec un graveur de CD. Ils ne disent pas que vous ne pouvez pas prot�ger vos propres disques contre la copie; c'est un droit que les gros fabricants se sont r�serv�. Ils ne vous vendent pas un graveur DVD pour faire de l'�dition, car ceux-l� sont "uniquement � usage professionnel". Ils vous vendent un graveur ordinaire, qui ne peut pas enregistrer les blocs-cl� n�cessaires pour prot�ger vos propres enregistrements, de m�me qu'un DVD ordinaire ne peut pas �tre utilis� comme exemplaire original pour presser vos propres DVDs en grand nombre. Ces points particuliers ne sont pas simplement survol�s; ils sont simplement ignor�s, omis, invisibles jusqu'� ce que vous achetiez le produit.

Il n'y a pas qu'Apple qui trompe le consommateur ; c'est contagieux. Les enregistreurs portables de mini-disques de Sony sont fournis avec des prises num�riques en entr�e, jamais en sortie. On enregistre le son mais il sera restitu� en format analogique de faible qualit�. Intel vante les merveilles de son TCPA � Trusted Computing Platform Architecture � [NDT: (lit.) architecture de plateforme de traitement informatique en qui on peut avoir confiance]. Il faut lire entre les lignes pour d�couvrir que son unique but est d'espioner ls ` Intel est aussi en train de promouvoir SDMI et CPRM � Content Protection for Recordable Media � [NDT: Protection du Contenu de Support Enregistrable] qui transforment vos propres support de stockage (lecteur de disques, m�moire vive � flash �, disques ZIP, etc) en collaborateur des maisons de disques et de cin�ma, pour vous retirer (vous le propri�taire de l'ordinateur et des supports) la capacit� de stocker des choses sur ces supports et les r�cup�rer plus tard. Au lieu de cela on ne pourrait r�cup�rer les �l�ments stock�s qu'avec certaines restrictions incorpor�es au logiciel qui les extraits -- limitations qui ne sont ni sous le contr�le du propri�taire de l'�quipement, ni de la loi, mais sont li�es aux contrats pass�s entre les maisons de disque et de cin�ma et les fabricants d'�quipements. Telles que, "vous ne pouvez pas enregistrer de la musique prot�g�e par copyright sur un support non crypt�". Si vous essayer d'enregistrer une chanson qui passe sur une radio FM sur un enregistreur CPRM, il refusera de l'enregistrer ou de la jouer parce qu'elle est sign�e en filigrane mais pas crypt�. M�me pour enregistrer votre propre exemplaire original, la configuration par d�faut dans le cas des les enregistrements analogiques est d'en emp�cher la copie, surtout si c'est avec une fid�lit� sup�rieure aux CDs, et qu'une seule copie ne soit possible dans le cas o� la copie est autoris�e (quand on passe outre les autres limitations). Intel et IBM ne vous disent pas ces choses; vous devez atteindre la page 11 de Expos� B-1 "CPPM Compliance Rules for DVD-Audio" [NDT: R�gles de Conformit� CPPM pour les DVD-Audio] ou la page 45 sur 70 de l'"Interim CPRM/CPPM Adopters Agreement" [NDT: Accord Provisoire de ceux qui adoptent le CPRM/CPPM], disponible seulement apr�s avoir r�pondu � des questions personnelles importunes en suivant le lien http://www.dvdcca.org/4centity/. Tout ce qu'Intel vous dit c'est que le CPPM donnera "acc�s � plus de musique aux consommateurs" (http://www.intel.com/pressroom/archive/releases/aw032300.htm). Il est anormal de mentir aux consommateurs pour les tromper.

Les travaux scientifiques ne peuvent pas �tre publi�s

Ce qu'il y a de mal, c'est quand des scientifiques ne peuvent pas se pencher ce sujet ou publier leur r�sultats. Le professeur Ed Felten de Princeton a �tudi� quelques d�tails du syst�me de "signature en filigrane" de SDMI, au sein d'une �tude publique d�lib�r�ment autoris�e par l'herm�tique comit� SDMI, de fa�on � d�terminer si le public pouvait casser leurs m�thodes de cryptage. (SDMI n'autoriserait pas EFF � joindre � ses d�lib�rations sous pr�texte que nous n'avons pas d'int�r�t l�gitimes dans le processus du fait que nous ne sommes ni un �diteur de musique ni un fabricant. Il n'y a ni consommateur ni repr�sentant des droits des citoyens dans le consortium SDMI.) Le professeur Felten racontait dans le New-York Times la semaine derni�re que les gens de SDMI et les avocats de Princeton lui disent qu'il ne peut pas r�v�ler les d�tails de ce qui ne marche pas dans ces syst�mes de signature en filigrane � cause du Digital Millenium Copyright Act. Il n'y a pas de probl�me pour dire aux compagnies de SDMI � quel point il est facile de casser leurs m�thodes de cryptage, mais on ne peut pas le r�v�ler au public ou aux autres chercheurs.

La competition n'est plus possible

Ce qu'il y a de mal, c'est quand des concurrents sont dans l'impossibilit� de fabriquer des �quipements ou des logiciels concurrents, ce qui serait en faveur des consommateurs dans un march� libre. Au lieu de �a, ces �quipements sont interdits, font l'objet de menaces et ces logiciels sont censur�s et marginalis�s. Tel que le logiciel libre DeCSS et les logiciels de lecture de DVD LiViD. Tel que les lecteurs de DVDs de part le monde qui sont capables de lire les DVDs am�ricains de la "R�gion 1". L'EFF a d�pens� plus d'un million de dollars l'an dernier pour d�fendre l'�diteur d'un magazine sur la s�curit� et un adolescent Norv�gien, des tentatives de l'industrie pour les faire censurer et emprisonner, respectivement, pour avoir publi� et �crit un logiciel concurrent qui permet de lire ou copier les DVDs mais qui ne respecte pas les contrats restrictifs que les studios de cin�ma imposent � la plupart des logiciels de lecture. Les studios de cin�ma on d�pens� 4 millions de dollars en poursuites judiciaires dans le cas de New-York. Peu ou aucun fabricant n'est autoris� � mettre des enregistreurs de musique num�rique sur le march� -- vous pouvez voir beaucoup de lecteurs MP3 mais o� sont les enregistreurs MP3 st�r�o ? Ils ont �t� r�duits � l'inexistence par la menace de suites p�nales. Ceux qui pr�tendent encore enregistrer, enregistrent seulement de la "qualit�-voix monaurale".

Les monopoles profitent de l'abus de protection par le copyright

Ce qui est mal c'est quand les m�canismes de contr�le �tablis pour prot�ger les droits du copyright sont utilis�s dans d'autres buts. Non pas pour prot�ger les droits existants, mais pour cr�er de nouveaux droits � la fantaisie des d�tenteurs de copyright. Les compagnies de cin�ma ont insist� pour avoir un syst�me de codage par r�gion pour les DVDs, parce qu'elles gagneraient moins d'argent si les DVDs �taient r�ellement commercialis�s dans le monde entier sous les lois actuelles du libre march�. (Ils ne pourraient pas faire payer cher des billets de cin�ma si le m�me film �tait disponible simultan�ment sur DVDs, et ils ne pourraient pas combiner les campagnes publicitaires pour les cin�mas et les DVDs s'ils attendaient longtemps entre la sortie en salle et sur DVD.) Ce syst�me m�ne � une situation dans laquelle le consommateur peut acheter un lecteur DVD en toute l�galit�, acheter un DVD en toute l�galit�, et utiliser l'un avec l'autre, sans que cela fonctionne. L'utilisateur a tous les droits pour voir le film, mais il ne le peut pas, parce que s'il le pouvait, les compagnies de cin�ma gagneraient moins d'argent. Des m�canismes similaires existent sur les DVDs pour emp�cher les gens de passer les pubs en avance-rapide ou de sauter ces absurdes "avertissements du FB�".

Microsoft a d�lib�r�ment con�u des protocoles incompatibles dans Windows 2000 pour �viter que des machines Unix concurrentes ne puissent �tre utilis�es comme serveur DNS dans certain cas. Microsoft a publi� une description fonctionnelle mais uniquement sous forme de fichier crypt� accessible � condition que les lecteurs acceptent de ne pas utiliser cette information pour les concurrencer. Quand quelqu'un a d�cryt� le chiffrement simpliste sans accepter les termes du contrat, Microsoft l'a menac� d'utiliser le DMCA pour poursuivre Slashdot, le populaire site Web d'informations sur le logiciel libre qui a publi� le r�sultat. (Heureusement pour nous, Slashdot a du r�pondant et a dit "allez-y, nous nous d�fendrons" et Microsoft s'est d�fil�.) Le copyright ne donne pas le droit d'emp�cher la concurrence, ou de limiter le commerce global -- mais d'une certaine fa�on les lois promulgu�es pour prot�ger le copyright sont utilis�es dans ce but.

La politique sociale se fait sans la participation du public

Ce qu'il y a de mal, c'est quand la politique sociale se fait dans une arri�re-salle enfum�e, entre les cadres des soci�t�s de musique/cin�ma et d'informatique, pas par d�bat public, par le corps l�gislatif, ou par les tribunaux. Le cahier des charges du CPRM, par exemple, permet au distributeurs d'un paquet de bits (s'il a acc�s au logiciel qui offre cette possibilit�) de d�cider que les futurs destinataires n'auront pas le droit de faire des copies de ce paquet de bits. Ou deux mais pas trois. On ne peut pas faire respecter cette clause sur le plan l�gal, elle n'est pas issue de la loi. Ce que dit la loi est diff�rent. Mais on fera respecter cette clause gr�ce au mat�riel construit par tous les fabricants d'envergure, parce qu'ils seront tra�n�s en justice par les soci�t�s de musique/cin�ma s'ils osent fabriquer des �quipements compatibles qui laissent les consommateurs faire trois copies, ou en faire en �tant uniquement limit�s par leurs droits l�gaux. Trouvera-t-on surprenant que ces politiques d'arri�re-salle soit finalement � l'avantage des parties pr�sentes dans la salle, au d�triment des consommateurs et du public ?

On perd les avantages du copyright

Ce qu'il y a de mal c'est quand l'�quilibre entre les droits des cr�ateurs et les droits � la libert� d'expression et de la presse est rompu. Parce que la moindre extension des droits des cr�ateurs conduit � une diminution de la libert� d'expression et du droit d'�dition. Chaque fois que la notion de copyright est �tendue, le domaine public se r�tr�cit. Le droit de critiquer, le droit de contester � quelqu'un son interpr�tation de la v�rit� sont mis � mal. Le premier amendement [NDT: concernant la libert� d'expression, de la presse, de religion, etc...] donne un droit quasi-absolu au public ; la clause sur le copyright le limite pour emp�cher la publication par autrui. Toute extension du droit d'emp�cher la publication diminue le droit de publier. Par exemple, rien de ce qui a �t� cr�e apr�s 1910 n'est entr� dans le domaine public, parce qu'avec les ann�es la notion de copyright s'est accrue. Mais les droits de reproduction issus des limitations technologiques n'ont pas de date de p�remption. Il n'y a rien dans le cahier des charges du SDMI ou du CPRM qui ne dise : "Apr�s 2100 vous serez autoris�s � copier les films de 1910".

Les b�n�ficiaires repr�sentent une part infime de la soci�t�

Ce qu'il y a de mal, c'est que un petit doigt de la "protection par copyright" m�ne la communication entre �tres-humains par le bout du nez. Comme l'a fait remarquer Andy Odlyzko (http://www.dtc.umn.edu/~odlyzko/doc/eworld.html, cf. � Content is not king � [NDT: Le Contenu n'est pas Roi] et � The history of communications and its implications for the Internet � [NDT: l'histoire des communications et ses cons�quences pour Internet]), "La vente annuelle de tickets de cin�ma aux �tats-Unis est bien en dessous de 10 milliards de dollars. L'industrie du t�l�phone ramasse au moins autant d'argent tous les quinze jours!" Triturer la loi et la technologie de communication et de traitement informatique des hommes dans le but de prot�ger les int�r�ts des d�tenteurs de copyright, appauvrit globalement le monde. M�me si �a ne violait pas les r�gles fondamentales de stabilit� � long-terme des soci�t�s, ce serait une mauvaise d�cision sur le plan �conomique.

La soci�t� peut vraiment �liminer la p�nurie mais pas comme �a !

Ce qu'il y a de mal c'est que nous avons invent� la technologie pour supprimer la p�nurie, mais nous sommes en train d'y renoncer d�lib�r�ment au b�n�fice de ceux qui profitent de la p�nurie. Nous avons maintenant les moyens de reproduire n'importe quel type d'information qui peut �tre repr�sent�e de fa�on compacte sur un support num�rique. Nous pouvons r�pliquer cela dans le monde entier, pour des milliards de personnes, � des co�ts tr�s bas, � la port� de tout un chacun. Nous travaillons dur pour des technologies qui permettront de reproduire d'autres types de ressources aussi facilement, y compris des objets r�els quelconques ("nanotechnology" ; cf. http://www.foresight.org). Les progr�s des sciences, technologies et des march�s libres ont mis fin � bon nombre de p�nuries. Il y a cent ans, plus de 99% des am�ricains utilisaient toujours des toilettes dans le jardin, et un enfant sur dix mourrait dans la petite enfance. Maintenant m�me les am�ricains les plus pauvres ont des voitures, des t�l�visions, des t�l�phones, le chauffage, de l'eau pure, les �gouts -- des choses que les millionnaires les plus riches de 1900 ne pouvaient pas acheter. Ces technologies promettent la fin des besoins mat�riels dans un futur proche.

Nous devrions nous r�jouir de cr�er collectivement un paradis sur Terre ! Au lieu de �a, ces �mes tordues qui vivent en entretenant la p�nurie rodent pour convaincre des co-conspirateurs d'ali�ner notre technologie de reproduction bon march� pour qu'elle ne puisse pas faire des copies -- du moins pour le genre de produits qu'ils veulent nous vendre. C'est le pire genre de protectionnisme -- brader notre soci�t� pour le compte d'une industrie locale inefficace. Les �diteurs et distributeurs de films �vitent soigneusement de nous faire remarquer cela, mais c'est ce qui est en train de se passer.

Si avant 2030 nous avons invent� une machine � reproduire la mati�re qui soit aussi bon march� que la copie de CD actuelle, allons-nous la mettre hors-la-loi et la marginaliser ? De fa�on � ce que les agriculteurs puissent vivre en maintenant les prix des produits alimentaires �lev�s, de fa�on que les fabricants de meubles puissent vivre en emp�chant les gens d'avoir des lits et des chaises dont la reproduction co�te un dollar, de fa�on que les ma�ons ne soient pas ruin�s du fait qu'une maison confortable peut �tre reproduite pour quelques centaines de dollars ? Oui, de tels d�veloppements vont certainement cr�er des dislocations dans l'�conomie. Mais devrions nous les marginaliser et maintenir le monde en �tat de pauvret� pour sauver l'emploi de ces personnes ? Et resteront-ils r�ellement en marge ou est-ce que les avantages de la technologie fera rapidement que la "marginalit�" d�passera le reste de la soci�t�.

Je pense que nous devons entrer dans l'�re de la pl�nitude et trouver comment y vivre ensemble. Je pense que nous devrions travailler pour comprendre comment les gens peuvent vivre en cr�ant de nouvelles choses et en fournissant de nouveaux services plut�t qu'en limitant la reproduction de ce qui existe. C'est ce que j'ai fait dix ans durant en cr�ant une soci�t� de support pour les logiciels libres. Cette soci�t�, Cygnus Solutions, investit plus de 10 millions de dollars par ans pour �crire des programmes et les rendre librement disponibles, et laisser n'importe qui les modifier ou les reproduire. Elle fait cela en r�coltant plus de 25 millions de dollars de clients qui profitent de l'existence de ces logiciels fiables et largement r�pandus. La soci�t� fait maintenant partie de RedHat Inc -- qui vit en aidant ses clients � se d�velopper sans limiter la reproduction de son travail. Ce n'est pas une co�ncidence si les communaut�s du code source ouvert, du logiciel libre et la communaut� Linux sont parmi les premi�res � s'inqui�ter de la protection de la copie. Elles destinent activement leur vie et leurs loisirs � �liminer la p�nurie et � augmenter la libert� sur les march�s des syst�mes d'exploitation et des logiciels applicatifs. Elles voient la r�elle am�lioration qui en d�coule dans le monde -- et les hideuses r�actions des monopoles et des oligopoles rendues caduques par de tels efforts.

Transformer le monde entier pour interagir sans p�nurie est une t�che immense. Un revirement �conomique aussi large prendrait des d�c�nies � se r�pandre dans l'�conomie du monde entier en g�n�rant de nouveaux gagnants et de nouveaux perdants. Nous serons extr�mement chanceux si vers 2030 nous sommes pr�par�s � en finir avec la p�nurie sans agitation sociale massive, comme des gr�ves, des troubles sociaux, et une gu�re mondiale. Si nous en sommes � trouver un chemin pacifique vers une �re de pl�nitude, nous devrions commencer ici et maintenant, en transformant les industries pour lesquelles nous avons d�j� �limin� la p�nurie -- le texte, le son et l'image. Les entreprises qui ne peuvent pas s'y ajuster devraient dispara�tre et �tre remplac�es par celles qui peuvent. Au fur et � mesure que ces entreprises apprendront � vivre et � se d�velopper sans cr�er une p�nurie artificielle, elles fourniront des mod�les et des comp�tences pour d'autres industries, celles qui devront changer quand leur propre production inefficace sera remplac�e par une reproduction efficace dans dix ou quinze ans. On pr�tend que prot�ger la copie par la loi et se d�mener avec les cartels industriels peut maintenir nos structures �conomiques actuelles, face � un ouragan de changement technologique positif qui les prends et les fait tournoyer comme autant de feuilles mortes.

Epilogue

Ceci est peut-�tre un argumentaire plus long que celui que vous esp�riez, Ron, mais comme vous le voyez, je pense qu'il y a beaucoup de choses qui ne vont pas dans la fa�on dont les techniques de protection de la copie sont impos�es � un public qui ne se doute de rien. J'aimerais entendre de votre part un argumentaire similaire. En �tant pendant un instant l'avocat du diable, pourquoi des entreprises �go�stes sont-elles autoris�es � changer l'�quilibre des libert�s fondamentales, en mettant en danger la libert� d'expression, les march�s libres, le progr�s scientifique, les droits des consommateurs, la stabilit� de la soci�t�, et la fin du besoin de mati�re et d'information? Parce que quelqu'un est susceptible de voler une chanson ? C'est une excuse qui semble plut�t l�g�re. J'attends votre r�ponse.

John Gilmore
Electronic Frontier Foundation


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